severine perron · arts ecopoetiques

Mon histoire est celle de l’intime en habitant les frontières-lisères. Née en terre juralpine, et de culture arpitane, dont la mémoire a été effacée, l’histoire oubliée, il y a dans mes lignages proches faits de frontières et d’exil, d’autres influences (Pologne, Autriche-Hongrie, Nord-Est et Nord de la France) et des inconnues. Frontière ou lisière ? Habiter le seuil apprend à rester poreuse, ouverte aux possibles, attentive à la perte, aux espaces, aux identités, aux intimes politiques. Mes racines paysannes lettrées et résistantes m’ont enseignées le respect du vivant, le sens du bien commun, le goût des autres, un regard ouvert sur le monde, une posture intègre, radicalement contre la guerre, la société de consommation, les oppressions multiples. Je suis née dans une époque, qui s’est faite mouvante, ma vie s’est ouverte par des rencontres, des voyages, des récits et des expériences ordinaires, des déplacements et des lisières.

L’écriture est venue très tôt et a pris différentes formes, soutenue par la peinture et la lecture. J’ai d’abord mis l’écoute, les mots et visions au service de projets collectifs, stratégiques, sociétaux concernant le partage des savoirs, la place et contribution des femmes, la création avec les territoires, l’écologie, l’inclusion et la coopération. Entre deux missions, deux vols, deux espaces temps, les lectures me transportaient loin dans la compréhension du monde, de nos humanités, les cultures dans toute leur diversité, et d’ouvrir les horizons pour embrasser la complexité, la nuance, l’interdépendance, la réciprocité, sensible à la poésie de la vie et attentive à “reboiser l’âme humaine” - Julios Beaucarne. J’ai commencé par une écriture intime, dans les carnets papiers puis les blogs, les lettres, instagram, des textes et créations originales en format digital. Mon premier livre a été publié en 2015 sous forme de manifeste, puis viendront à partir de 2019, des beaux livres d’arts de vie, des recueils et essais poétiques publiés auprès de maisons d’éditions indépendantes (Hoebeke · Gallimard, L’Originel).

De tout cela est né, une démarche sensible, artistique. L’écoute et l’attention apportées à nos existences et leurs métamorphoses, dans une conscience individuelle et collective, nourrissent mon travail, ma quête (et mon espoir ?) d’humanité féconde. Ce qui fait que nous sommes humain·es. Un mouvement restauratif et créatif s’est tissé dans des pratiques vivantes, avec la terre et les lieux, les milieux, la vie et ses rythmes, les femmes, les pratiques narratives et de soin, les rituels, les cercles. Toute une écopoétique qui s’est ouverte au monde, dans la complexité et la singularité. Avec notre temps, avec nos histoires et ce que nous sommes, ce que je suis. Poétesse, artiste, autrice autodidacte, habiter une terre de passage, à la confluence de plusieurs massifs de montagne révèle plus que nul par ailleurs, la fragilité et la beauté de nos existences, naturelles, culturelles, humaines. Être humaine, appartenir et désappartenir pour trouver sa vérité, retrouver sa liberté, faire monde, restaurer les mémoires, créer avec ce qui a lieu, enfanter nos devenirs par les récits et les gestes, sont des thèmes que j’explore dans mes propres créations et ouvrages, comme des empreintes. Ecrire, c’est vivre, écouter, témoigner.

“Certaines personnes ont ce don de révéler la beauté cachée dans la réalité, de percevoir des merveilles que nous ignorons. Séverine Perron, à la fois poétesse et artiste des montagnes, nous offre une perspective unique. Son dernier livre, "Ouvrir les paysages : le rythme de nos saisons intérieures", est une invitation à découvrir et à ouvrir ces paysages intérieurs.

— Guila Clara Kessous, Métamorphoses Podcast