Mon histoire est celle de l’intime, en habitant les lisières. Née en terre juralpine, et de culture arpitane, dont la mémoire a été effacée, l’histoire oubliée. Il y a dans mes lignages d’autres influences de l’Europe de l’Est et des inconnues, des exils, des déplacements, des silences. Habiter le seuil apprend à rester poreuse, ouverte aux possibles, attentive à la perte, aux espaces, aux identités, aux intimes politiques. Mes racines paysannes lettrées et résistantes m’ont enseignées le respect du vivant, le sens du bien commun, un regard ouvert sur le monde, proche de la vie, radicalement contre la guerre, la société moderne et ses dérives prédatrices, le nucléaire, les oppressions multiples. Je suis née dans une époque, qui s’est faite mouvante, ma vie s’est ouverte par des rencontres, des voyages, des récits et des expériences ordinaires, des déplacements et des lisières. J’ai appris à devenir femme et trouver ma place, mon espace, ma liberté.
Avec la lecture, - je me souviens de ma joie à entrer dans les bibliothèques comme un sanctuaire, l’écriture est venue très tôt et a pris différentes formes, soutenue par la peinture. J’ai d’abord mis l’écoute, les mots et visions au service de projets collectifs et sociétaux (fondation sur l’inclusion, TEDxCeWomen à Paris, entre autre), concernant la valorisation des savoirs, des femmes et des territoires. Entre les missions, déplacements, espaces temps, les lectures ont nourri une compréhension du monde ouverte pour embrasser la complexité, la nuance, l’intersectionnalité, sensible à la poésie de la vie et attentive à “reboiser l’âme humaine” - Julios Beaucarne. J’ai commencé par une écriture intime, dans les carnets papiers puis les blogs, les lettres, instagram, des textes et créations originales en format digital. Mon premier livre a été publié en 2015 sous forme de manifeste, puis viendront à partir de 2019, des beaux livres d’art de vie, des recueils et essais poétiques publiés auprès de maisons d’éditions indépendantes (Hoebeke · Gallimard, L’Originel). Comme une rivière devenue fleuve et mer, oeuvrer avec / pour les femmes est devenu un acte politique. L’intime est politique.
De tout cela est né, une démarche sensible, artistique , poétique au sens étymologique - faisant tout acte de création, un acte de transformation. L’écoute et l’attention apportées à nos existences et leurs métamorphoses, dans une conscience individuelle et collective, nourrissent mon travail, ma quête (et mon espoir ?) d’humanité féconde. Ce qui fait que nous sommes humain·es. Dans un temps long et fécond, un mouvement restauratif et créatif s’est tissé dans des pratiques vivantes et narratives, avec la terre et les lieux, la vie et ses rythmes, les femmes, les rituels, les cercles. Toute une écopoétique qui s’est ouverte au monde, dans la réciprocité et la singularité. Tisser avec le vivant, car nous habitons avec d’autres vivants. Avec notre temps, avec nos histoires et ce que nous sommes, ce que je suis. Poétesse, artiste, autrice autodidacte, habiter une terre de passage, à la confluence de plusieurs massifs de montagne révèle plus que nul par ailleurs, la fragilité et la beauté de nos existences, naturelles, culturelles, humaines. Être humaine, appartenir et désappartenir pour trouver sa vérité (et se retrouver dans sa liberté d’être et de faire), faire monde, restaurer les mémoires, créer avec ce qui a lieu, enfanter nos devenirs par les récits et les gestes, sont des thèmes que j’explore dans mes propres créations et ouvrages, comme des empreintes. Ecrire, c’est vivre, écouter, témoigner.